Capital-investissement

Les actions européennes incitent les portefeuilles internationaux à se rééquilibrer

Photo de Kelly Sikkema (@kellysikkema) sur Unsplash
Les actions européennes incitent les portefeuilles internationaux à se rééquilibrer

Pendant des années, la diversification internationale a mis à rude épreuve la patience des investisseurs, car les actions américaines ont, à maintes reprises, généré des rendements supérieurs à ceux de la plupart des marchés développés. Le leadership technologique, la rentabilité exceptionnelle des entreprises et la profondeur des marchés de capitaux ont récompensé les portefeuilles qui ont permis aux États-Unis de renforcer leur position dominante, tandis que les tentatives de rééquilibrage en faveur de l'Europe semblaient souvent prématurées.

Les actions européennes semblent plus attractives en 2026, car la région allie une amélioration des performances des entreprises à des valorisations qui restent inférieures à celles du marché américain. L'opportunité ne réside pas tant dans la prévision que l'Europe remplacera définitivement les États-Unis en tant que moteur des marchés boursiers mondiaux, mais plutôt dans la prise de conscience de l'impact qu'ont eu des années de rendements divergents sur la répartition des poids dans les portefeuilles.

Une famille qui avait initialement opté pour une allocation d'actifs diversifiée à l'échelle mondiale peut aujourd'hui détenir une exposition aux actions américaines nettement plus importante que ne le prévoyait initialement sa politique d'investissement, simplement parce que ces actifs ont pris de la valeur plus rapidement.

L'Europe présente une composition différente des bénéfices

La comparaison entre les régions est souvent présentée comme opposant la technologie américaine à la valeur européenne, ce qui réduit à une simplification une différence bien plus intéressante concernant l'exposition sectorielle.

Les indices européens accordent une plus grande pondération aux secteurs financier, industriel, de l'énergie, de la santé et de la consommation, tandis que le marché américain est nettement plus exposé aux plus grandes entreprises technologiques.

Cette composition signifie que les deux régions peuvent réagir différemment face à un même contexte économique. L'augmentation des investissements dans les infrastructures et la défense peut soutenir les entreprises industrielles européennes, tandis que la hausse des taux d'intérêt peut avoir des répercussions différentes sur les banques et sur les entreprises technologiques dont les actions sont très bien valorisées.

Dans le cas d'un portefeuille multi-actifs, cette différence permet une diversification à la source des revenus, plutôt que de se limiter à changer le pays indiqué à côté d'un titre.

L'évaluation fournit une marge plutôt qu'une prévision

Les actions européennes se négocient depuis longtemps avec des décotes importantes par rapport à leurs homologues américaines, et les marchés bon marché peuvent le rester lorsque les résultats déçoivent.

La situation s'améliore lorsque des valorisations plus faibles coïncident avec des bénéfices plus solides et des perspectives économiques plus favorables. Les investisseurs paient alors moins cher pour des bénéfices qui ne se détériorent plus par rapport au reste du monde développé.

Les investisseurs institutionnels devraient toutefois éviter de considérer l'écart de valorisation comme un phénomène qui doit nécessairement être comblé intégralement. Les entreprises américaines peuvent en effet mériter des multiples plus élevés en raison de leur rentabilité, de leur croissance et de la composition de leur secteur.

Une allocation européenne peut fonctionner sans nécessiter des valorisations identiques. Elle doit générer des rendements suffisamment élevés pour justifier la détention de ces actifs en complément, et non en remplacement, des actions américaines.

Le taux de change peut être un atout ou un frein

Les familles internationales doivent également déterminer le niveau d'exposition aux devises qu'elles souhaitent. Une famille dont les dépenses sont libellées en euros a déjà des engagements financiers importants en Europe et peut considérer les actifs libellés en euros différemment d'un investisseur dont les dépenses sont libellées en dollars et qui cherche à diversifier son portefeuille à l'étranger.

Les fluctuations des devises peuvent amplifier les rendements boursiers sur des périodes plus courtes. Une hausse des marchés européens accompagnée d’un renforcement de l’euro profite à un investisseur en dollars non couvert, tandis qu’une évolution inverse des devises peut effacer une partie de la performance boursière.

La couverture peut réduire cette volatilité, même si elle supprime également une source de diversification et entraîne un coût qui dépend des écarts de taux d'intérêt.

La décision à prendre dépend donc davantage des engagements financiers de la famille que d’une prévision monétaire à court terme.

Il est plus facile de se recentrer avant que la concentration ne devienne pénible

Les familles ont souvent tendance à tolérer une concentration de leur portefeuille tant que la valeur de l'actif concerné continue de grimper, car vendre un placement performant leur semble être une mesure de prudence inutile. Cette même position peut alors apparaître comme manifestement excessive après une correction, moment où le rééquilibrage du portefeuille devient plus difficile, tant sur le plan émotionnel que financier.

Une approche fondée sur des principes évite de devoir adopter une vision radicale du marché. Si les actions américaines ont dépassé de manière significative la fourchette visée par la famille, les perspectives plus favorables ailleurs offrent l'occasion de rétablir l'équilibre tant que les marchés restent favorables.

Les liquidités peuvent être progressivement réinvesties dans des actions européennes, des titres à revenu fixe ou d'autres actifs sous-pondérés, plutôt que de dépendre d'une seule décision tactique majeure.

Il convient de prendre en compte les conséquences fiscales dans le calcul, en particulier lorsque la vente de titres ayant pris de la valeur entraîne des obligations fiscales importantes. Les familles peuvent parfois rééquilibrer leur portefeuille grâce à de nouveaux flux de trésorerie, à des distributions ou à des dons caritatifs, plutôt que de réaliser directement toutes les plus-values.

La diversification est indispensable pour perdurer après le succès

La difficulté de la diversification réside rarement dans le fait d'acheter plusieurs catégories d'actifs au début. Il s'agit de conserver la répartition initiale alors que l'un d'entre eux a enregistré de si bons résultats que toute réduction donne l'impression de vendre le meilleur actif pour en acheter un de moindre qualité.

Les actions américaines ont justifié leur pondération accrue dans le portefeuille grâce à leurs performances exceptionnelles. Ce passé ne signifie pas pour autant que les familles doivent partir du principe que cette concentration restera appropriée indéfiniment.

Les meilleurs résultats attendus en Europe en 2026 constituent une occasion propice pour revoir la répartition des actifs, car les investisseurs peuvent rééquilibrer leur portefeuille en faveur d’une région dont les fondamentaux s’améliorent, plutôt que d’augmenter leur exposition à un actif simplement parce que la stratégie indique qu’il est sous-pondéré.

L'investissement multi-actifs donne les meilleurs résultats lorsque la diversification reste une discipline à part entière, plutôt qu'une simple description de la composition du portefeuille il y a plusieurs années.