Essor mondial des investissements dans les infrastructures
Les gouvernements et les investisseurs s’apprêtent à consacrer des sommes considérables aux transports, à l’énergie, aux réseaux numériques et aux services publics. Le Global Infrastructure Hub estime que l’écart entre les investissements nécessaires et ceux prévus dans le domaine des infrastructures s’élève à $15 billions. Le besoin est évident. Le plus difficile consiste à transformer cette demande en projets capables d’attirer des capitaux, de résister aux changements politiques et de générer des rendements acceptables sur plusieurs décennies.
Les infrastructures soutiennent pratiquement tous les aspects de l'activité économique. Les routes permettent le transport des marchandises et des travailleurs. Les réseaux électriques alimentent les foyers et l'industrie. Les réseaux d'approvisionnement en eau protègent la santé publique, tandis que les connexions numériques déterminent de plus en plus la capacité des entreprises et des régions à être compétitives.
Les arguments économiques en faveur de l'investissement sont donc nombreux. Les infrastructures peuvent accroître la productivité, créer des emplois et lever les freins à la croissance.
Pour autant, un besoin fort de la part du public ne se traduit pas automatiquement par un projet susceptible de faire l'objet d'un investissement.
De nombreux actifs nécessitent d'importants investissements avant de générer des revenus. Leur développement peut prendre des années, et leur rentabilité dépend de la réglementation, des politiques publiques et d'hypothèses concernant la demande à très long terme.
Cette tension est au cœur du cycle d'investissement actuel. Le monde a besoin de davantage d'infrastructures, mais les investisseurs ont besoin de projets présentant une rentabilité crédible et des risques maîtrisables.
Les gouvernements ne peuvent plus tout financer
Traditionnellement, les infrastructures étaient financées et détenues par l'État. Les pouvoirs publics construisaient des routes, des ponts, des voies ferrées et des réseaux de services publics, car ces infrastructures offraient des avantages que les investisseurs privés ne pouvaient pas toujours exploiter directement.
Le financement public reste essentiel, en particulier pour les projets présentant d'importants avantages sociaux mais dont les recettes sont faibles ou incertaines.
Les contraintes budgétaires ont néanmoins poussé les gouvernements à se tourner davantage vers les capitaux privés. Le niveau élevé de la dette publique, le vieillissement des infrastructures et les différentes pressions exercées sur les budgets rendent difficile le financement de tous les projets par le biais de la fiscalité ou de l'emprunt.
Selon les chiffres fournis, les investissements privés représentent désormais plus de 30% du financement mondial des infrastructures.
Les investisseurs institutionnels constituent des candidats tout désignés. Les fonds de pension, les assureurs et les fonds souverains ont des engagements à long terme et recherchent souvent des actifs capables de générer des flux de trésorerie stables sur de nombreuses années.
Les infrastructures peuvent répondre à cette demande, mais uniquement si les conditions sont réunies.
Un réseau électrique réglementé, dont les recettes sont prévisibles, est très différent d'une nouvelle ligne ferroviaire dont les recettes dépendent de prévisions optimistes concernant le nombre de voyageurs.
Cette catégorie est vaste. Ses risques le sont tout autant.
Le déficit d'investissement ne se résume pas à un simple manque d'argent
Le déficit mondial en matière d'infrastructures, estimé à $15 billions, est souvent présenté comme une preuve de la nécessité de mobiliser davantage de capitaux.
Le capital n'est qu'une partie du problème.
De nombreux projets ne sont pas suffisamment aboutis pour bénéficier d'investissements institutionnels. Les études de faisabilité peuvent être incomplètes, les autorisations en suspens ou les modèles de revenus flous. Les autorités politiques peuvent soutenir un projet dans son principe sans préciser qui en assumera le financement.
Les investisseurs ne peuvent pas financer une simple ambition. Ils ont besoin de contrats, de prévisions de trésorerie et d'une répartition claire des risques.
Cela permet d'expliquer pourquoi d'importants volumes de capitaux privés peuvent coexister avec de graves pénuries d'infrastructures.
Ce problème est particulièrement aigu dans les économies en développement. Les besoins en matière de réseaux routiers, d'électricité, d'assainissement et de réseaux numériques peuvent être considérables, tandis que les projets sont confrontés à des risques de change, à une application moins rigoureuse de la législation et à un cadre réglementaire moins prévisible.
Un besoin plus important ne signifie pas nécessairement un financement plus facile.
Pour combler cet écart, il faut non seulement renforcer la préparation des projets, mais aussi obtenir des financements supplémentaires.
Les infrastructures ont toujours transformé les économies
Le réseau autoroutier inter-États des États-Unis illustre à quel point les infrastructures peuvent modifier la géographie économique d'un pays.
Les travaux ont débuté dans les années 1950 et ont permis de faciliter la circulation des marchandises et des personnes à travers les États-Unis. Ils ont favorisé la logistique, le développement des banlieues et le commerce national.
Les avantages allaient bien au-delà des routes elles-mêmes.
Ce système met également en évidence l'ampleur de l'engagement public nécessaire. De tels réseaux sont difficiles à justifier par les recettes directes générées par chacune de leurs sections. Leur valeur économique provient en partie de l'activité qu'ils permettent de développer ailleurs.
L'initiative chinoise « La Ceinture et la Route » propose un modèle différent.
Par le biais de ports, de voies ferrées, de centrales électriques et de corridors de transport, la Chine a financé des infrastructures en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine. Ce programme allie des objectifs commerciaux, diplomatiques et stratégiques.
Certains projets ont permis d'améliorer les liaisons commerciales et de mettre en place des infrastructures indispensables. D'autres ont fait l'objet de critiques concernant l'endettement, la transparence, les impacts environnementaux et la viabilité économique.
La leçon à retenir n'est pas que les grands programmes d'infrastructures réussissent ou échouent dans leur ensemble. C'est plutôt que l'ambition politique ne peut se substituer à la rigueur au niveau des projets.
Les capitaux privés changent la donne
Les investisseurs privés apportent des capitaux, une expertise technique et exercent une pression en faveur de l'efficacité opérationnelle.
Ils exigent également un rendement financier.
Cela modifie la manière dont les projets sont sélectionnés et structurés. Un actif doit générer des recettes par le biais de redevances d'utilisation, de tarifs réglementés, de paiements de disponibilité ou de tout autre mécanisme contractuel.
Les autoroutes à péage, les aéroports, les centres de données et les centrales d'énergie renouvelable peuvent s'inscrire dans ce modèle. Ce n'est souvent pas le cas des parcs publics, des routes rurales et des ouvrages de protection contre les inondations.
Les pouvoirs publics peuvent rendre des projets moins attractifs sur le plan commercial suffisamment viables pour attirer des investissements grâce à des garanties, des subventions ou des contrats à long terme. Les banques de développement peuvent accorder des financements à des conditions préférentielles ou prendre en charge les risques que les institutions privées ne souhaitent pas assumer.
Ces structures permettent de mobiliser efficacement des capitaux.
Elles peuvent également faire peser les risques excessifs sur les contribuables.
Un partenariat public-privé mal conçu peut permettre aux investisseurs de conserver leurs bénéfices tandis que l'État prend en charge les pertes. Les garanties de demande peuvent s'avérer coûteuses si la consommation est inférieure aux prévisions.
La participation du secteur privé devrait donc être évaluée en fonction du rapport qualité-prix, et non pas simplement en fonction du fait qu’un actif ne figure pas au bilan public.
Les infrastructures présentent des caractéristiques intéressantes
Les investisseurs sont attirés par le secteur des infrastructures car de nombreux actifs fournissent des services essentiels dans un contexte de concurrence limitée.
Les réseaux électriques, les réseaux d'adduction d'eau et les infrastructures de transport peuvent générer des recettes relativement stables. Certains contrats ou tarifs réglementés offrent une protection contre l'inflation.
La longue durée de vie de ces actifs peut également convenir aux institutions dont les engagements sont à long terme.
Ces qualités ont contribué à faire des infrastructures un secteur à part entière sur les marchés privés et dans le domaine des actifs réels.
Cette stabilité apparente peut être trompeuse.
La demande peut évoluer. La réglementation peut limiter les prix. Les coûts de construction peuvent dépasser les budgets, tandis que le refinancement devient plus coûteux lorsque les taux d'intérêt augmentent.
Les actifs qui semblaient présenter un faible risque grâce à des conditions de financement avantageuses peuvent perdre de leur attrait lorsque les coûts d'emprunt augmentent.
Une infrastructure n'est pas simplement un ouvrage en béton. Sa valeur dépend de son exploitation, des contrats qui s'y rapportent et des décisions politiques.
C'est sur le chantier que les plans se confrontent à la réalité
Les grands projets d'infrastructure ont souvent du mal à respecter les estimations initiales en matière de coûts et de délais.
Des retards peuvent survenir en raison des procédures d'autorisation, de l'acquisition de terrains, de problèmes techniques ou de pénuries de main-d'œuvre et de matériaux. L'inflation peut entraîner une augmentation des coûts avant même que l'actif ne commence à générer des revenus.
Les projets complexes sont particulièrement vulnérables.
La construction d'un pont ou d'une centrale électrique peut faire appel à plusieurs entrepreneurs, autorités de régulation et fournisseurs. Une défaillance à un maillon de la chaîne peut retarder l'ensemble du projet.
Les investisseurs doivent faire la distinction entre le risque lié à la construction et le risque d'exploitation.
Un actif existant, dont l'historique des revenus est établi, est plus facile à évaluer qu'un projet qui n'existe pour l'instant que sous forme de plans et de modèles financiers. Le rendement attendu devrait refléter cette différence.
Les contrats de construction à prix forfaitaire peuvent transférer une partie du risque aux promoteurs, mais cette protection n'est aussi solide que le bilan financier de l'entrepreneur.
Lorsqu'un fournisseur important fait faillite, le risque retombe souvent sur le propriétaire.
La transition énergétique élargit le marché
Les infrastructures durables sont devenues l'un des principaux moteurs de la demande d'investissements.
Les gouvernements ont besoin de sources d'énergie renouvelables, de réseaux électriques, de systèmes de stockage et de réseaux de recharge pour réduire les émissions et favoriser l'électrification. Les bâtiments et les systèmes de transport doivent également gagner en efficacité.
Selon les chiffres fournis, les investissements dans les infrastructures liées aux énergies renouvelables devraient atteindre $10 billions d'ici 2030.
Le potentiel est considérable, mais il ne se limite pas aux parcs éoliens et solaires.
Les réseaux électriques pourraient nécessiter certains des investissements les plus importants. La production d'énergie renouvelable n'est utile que si l'électricité peut être transportée, équilibrée et acheminée là où elle est nécessaire.
Le stockage d'énergie, les interconnexions et les systèmes de contrôle numériques vont prendre de plus en plus d'importance à mesure que l'approvisionnement en électricité deviendra plus variable.
Ces actifs se caractérisent souvent par des rendements réglementés et de longues périodes de planification. Leur développement dépend fortement des politiques mises en œuvre et de la coopération entre les pouvoirs publics et les opérateurs privés.
La transition énergétique constitue donc autant un défi en matière d'infrastructures qu'un défi technologique.
Le Pacte vert pour l'Europe oriente les flux de capitaux
Le Pacte vert pour l'Europe vise à rendre l'Union européenne neutre sur le plan climatique d'ici 2050.
Pour atteindre cet objectif, il faut réaliser d'importants investissements dans les secteurs de l'énergie, des transports, du bâtiment et des infrastructures industrielles. Les règles, les subventions et les programmes de financement de l'UE visent à orienter les capitaux vers ces domaines.
La réglementation peut favoriser la création de marchés en fixant des objectifs et en améliorant la rentabilité des projets.
Cela peut également être source d'incertitude.
Les investisseurs doivent évaluer dans quelle mesure les dispositifs de subventions, les prix du carbone et les normes techniques sont susceptibles d'évoluer au cours de la durée de vie d'un actif. Un projet dont la rentabilité dépend entièrement de la politique actuelle peut se retrouver en situation de vulnérabilité à la suite d'une élection ou d'une révision budgétaire.
Les investissements les plus solides ne sont pas nécessairement ceux qui bénéficient des subventions les plus importantes. Ce sont ceux qui s'appuient sur une demande économique durable et un cadre réglementaire fiable.
Les mesures politiques peuvent stimuler les investissements. Elles ne peuvent toutefois pas soutenir indéfiniment des projets peu viables.
La technologie améliore les actifs et augmente les risques
La technologie numérique est intégrée aux infrastructures à chaque étape.
La modélisation des informations du bâtiment peut améliorer la conception et la coordination. Les capteurs permettent aux opérateurs de surveiller de plus près les ponts, les canalisations et les machines. Les réseaux intelligents permettent d'équilibrer l'offre et la demande d'électricité en temps réel.
Ces outils peuvent permettre de réduire les coûts de maintenance et de prolonger la durée de vie des équipements.
Elles créent également de nouvelles vulnérabilités.
Les infrastructures connectées aux réseaux numériques peuvent être exposées à des cyberattaques. Une défaillance des logiciels ou des systèmes de communication peut perturber les services de transport, d'énergie ou d'approvisionnement en eau.
La technologie peut également devenir obsolète avant que l'actif physique n'atteigne la fin de sa durée de vie.
Les investisseurs doivent donc évaluer à la fois la durabilité de la structure et la résilience des systèmes qui la régissent.
Un actif « intelligent » n'est pas forcément plus sûr.
Les infrastructures numériques deviennent indispensables
Les centres de données, les réseaux de fibre optique et les antennes-relais de télécommunications occupent désormais une place prépondérante sur le marché des infrastructures.
Leur croissance reflète la demande croissante en matière de cloud computing, de streaming, d'intelligence artificielle et de services connectés.
Contrairement à de nombreux actifs d'infrastructure traditionnels, les infrastructures numériques peuvent être confrontées à des évolutions technologiques rapides et à une forte concurrence commerciale.
Une autoroute à péage peut fonctionner pendant des décennies tout en bénéficiant d'améliorations progressives. Un centre de données peut perdre en compétitivité s'il ne dispose pas d'une alimentation électrique, d'un système de refroidissement ou d'une connectivité suffisants.
La disponibilité de l'électricité devient une contrainte particulièrement importante. Les grands centres de données consomment d'énormes quantités d'énergie et peuvent entrer en concurrence avec les ménages et l'industrie pour l'utilisation de la capacité du réseau.
Ce secteur se situe donc à la croisée des infrastructures numériques et énergétiques.
Son potentiel de croissance est considérable, mais les préoccupations liées à la consommation d'énergie, aux permis de construire et à l'opposition locale le sont tout autant.
Les disparités régionales restent importantes
Les investissements dans les infrastructures sont répartis de manière inégale.
Les marchés développés se caractérisent généralement par une réglementation plus claire, des marchés de capitaux plus développés et une protection juridique plus solide. Ces conditions facilitent le financement des projets, même lorsque le besoin n'est pas aussi urgent.
Les régions en développement pourraient se retrouver confrontées à la situation inverse. Les lacunes en matière d'infrastructures y sont plus importantes, mais le financement y est plus coûteux et plus difficile à obtenir.
Le risque de change constitue l'un des principaux obstacles. Un projet peut générer des recettes en monnaie locale alors que sa dette est libellée en dollars ou en euros. Une dépréciation peut rendre le remboursement inabordable.
Les risques politiques et réglementaires font également augmenter le coût du capital.
Les banques de développement et les institutions multilatérales peuvent apporter leur aide en fournissant des garanties, des financements en monnaie locale et un soutien technique. Leur participation peut rendre les projets attractifs pour les investisseurs privés.
Le financement mixte doit néanmoins être utilisé de manière sélective.
Les fonds publics ou concessionnels doivent servir à pallier un risque spécifique ou une défaillance du marché. Ils ne doivent pas servir à masquer un projet qui manque de viabilité économique.
Les marchés émergents ont besoin de projets prêts à être financés
Les gouvernements annoncent souvent de longues listes de projets d'infrastructure potentiels.
Rares sont ceux qui sont prêts à obtenir un financement.
Les investisseurs ont besoin d'études techniques détaillées, d'études d'impact environnemental, de clarifications sur les droits fonciers et de prévisions réalistes de la demande. Les contrats doivent préciser les responsabilités en matière de construction, d'exploitation et de coûts imprévus.
La mise en place de ce processus nécessite du temps et des compétences spécialisées.
Les structures d'aide à la préparation des projets peuvent accompagner les gouvernements avant qu'un projet n'atteigne la phase de financement. Des contrats standardisés peuvent réduire les coûts de transaction et faciliter la comparaison entre les projets.
La coordination régionale peut également améliorer la viabilité. Un réseau électrique ou de transport desservant plusieurs pays peut attirer davantage d'investissements que des infrastructures nationales isolées.
Ce processus est moins visible que l'annonce d'un nouveau fonds d'infrastructure.
Cela permet également de mieux déterminer si les fonds seront effectivement utilisés.
Le risque politique ne peut pas être facilement éliminé par la diversification
Les infrastructures sont des biens immobilisés et souvent soumises à une réglementation étatique.
Cela les rend particulièrement vulnérables aux décisions politiques.
Un nouveau gouvernement pourrait revoir les tarifs, résilier des contrats ou imposer des taxes supplémentaires. L'opposition de l'opinion publique peut retarder des projets ou limiter les horaires d'ouverture.
Les infrastructures assurant des services essentiels sont particulièrement vulnérables. Lorsque les coûts de l'énergie ou des transports augmentent, les pressions politiques peuvent empêcher les opérateurs de répercuter ces hausses de coûts sur les usagers.
Les investisseurs peuvent négocier des garanties contractuelles, mais leur mise en œuvre peut prendre des années.
L'assurance contre les risques politiques et les garanties multilatérales peuvent réduire l'exposition à ces risques. Elles ne l'éliminent pas pour autant.
Un projet peut bénéficier d'une protection juridique tout en rencontrant des difficultés d'ordre commercial ou en termes de réputation.
La légitimité locale fait donc partie intégrante de l'argumentaire en faveur de l'investissement.
Le développement durable ne se limite pas aux émissions de carbone
Les infrastructures vertes sont souvent évaluées principalement en fonction de leurs émissions.
Les répercussions environnementales et sociales plus larges ont également leur importance.
L'énergie hydroélectrique permet certes de produire de l'électricité à faible empreinte carbone, mais elle peut entraîner le déplacement de populations ou nuire aux écosystèmes. Les nouvelles infrastructures de transport peuvent améliorer la connectivité, mais elles favorisent également le développement dans des zones sensibles.
L'exploitation minière et la construction nécessitent de grandes quantités de matériaux. Le ciment et l'acier génèrent d'importantes émissions intrinsèques.
Une évaluation crédible de la durabilité doit couvrir l'ensemble du cycle de vie de l'actif, depuis sa construction et l'utilisation du terrain jusqu'à son exploitation et, à terme, son démantèlement.
Les considérations sociales revêtent une importance tout aussi grande. Les infrastructures peuvent améliorer l'accès à l'emploi et aux services, mais leurs coûts et leurs avantages peuvent être répartis de manière inégale.
Les projets qui ne tiennent pas compte des préoccupations locales risquent de se heurter à des manifestations, à des actions en justice et à des retards coûteux.
Le développement durable n'est donc pas seulement une question d'éthique. C'est un facteur de risque lié à la mise en œuvre.
Les investisseurs doivent bien comprendre le chiffre d'affaires
Les infrastructures sont souvent considérées comme une classe d'actifs unique, mais leurs modèles économiques varient considérablement.
Une entreprise de service public réglementée tire ses revenus d'un cadre défini par les autorités. Un aéroport dépend du nombre de passagers et de l'activité commerciale. Un projet d'énergie renouvelable peut vendre de l'électricité dans le cadre d'un contrat à long terme.
Chaque structure réagit différemment à l'inflation, aux taux d'intérêt et à la croissance économique.
Les investisseurs devraient se demander qui, en fin de compte, paie pour ce service et comment les prix sont fixés.
Les revenus contractuels peuvent apporter une certaine stabilité, mais les contreparties peuvent se trouver en défaut de paiement ou demander une renégociation. Les revenus liés au marché offrent un potentiel de hausse, mais exposent l'actif à la volatilité.
La protection contre l'inflation peut être explicitement prévue dans un tarif ou un contrat. Elle peut également être limitée par des résistances politiques.
Il est plus important de bien comprendre le flux de trésorerie que de s'attarder sur l'étiquette « infrastructure » qui lui est associée.
La hausse des taux d'intérêt modifie les valorisations
Les infrastructures se sont fortement développées pendant une période de taux d'intérêt bas.
Le coût réduit de la dette a fait grimper la valeur des actifs à long terme et a permis aux investisseurs de payer des prix plus élevés pour des revenus stables.
Ce contexte a changé.
La hausse des coûts d'emprunt réduit les rendements et rend le refinancement plus coûteux. Les actifs acquis à faible rendement pourraient devoir être réévalués.
Les nouveaux projets doivent désormais satisfaire à des critères de rentabilité plus stricts. Certains projets qui semblaient viables avec des conditions de financement moins onéreuses pourraient être reportés, voire annulés.
L'effet n'est pas entièrement négatif.
Des valorisations plus faibles peuvent offrir des opportunités aux investisseurs disposant de capitaux disponibles. Des taux d'actualisation plus élevés peuvent également imposer une plus grande rigueur dans la sélection des projets.
Le secteur des infrastructures reste attractif, mais le prix payé a son importance.
Même un actif de grande qualité peut générer un faible rendement s'il a été acquis à un prix trop élevé.
La politique doit trouver un équilibre entre rapidité et rigueur
Les gouvernements invoquent souvent les retards liés à la planification et à l'octroi des permis comme des obstacles au développement des infrastructures.
Une procédure d'autorisation plus rapide peut réduire l'incertitude et éviter que les projets ne deviennent obsolètes avant même le début des travaux.
Une accélération mal conçue engendre divers risques.
Les études d'impact environnemental, les consultations publiques et les évaluations techniques ont leur raison d'être. Les affaiblir pourrait donner lieu à des recours juridiques ou à des projets qui ne parviendraient pas à s'imposer auprès de la population locale.
L'objectif devrait être d'améliorer l'efficacité du processus, et non de supprimer tout contrôle.
Des délais clairs, une coordination entre les autorités et des exigences prévisibles permettent de gagner en rapidité sans pour autant renoncer aux normes.
Les investisseurs apprécient la sécurité. Ils n'ont pas nécessairement besoin que chaque projet soit approuvé.
Un rejet rapide peut s'avérer plus utile que des années d'incertitude administrative.
La prévision de $79 billions nécessite une mise en œuvre
Selon les prévisions de McKinsey, les investissements mondiaux dans les infrastructures pourraient atteindre $79 billions d'ici 2040.
Ce chiffre illustre l'ampleur de la demande dans les secteurs des transports, de l'énergie, de l'eau et des communications.
La réalisation de cet investissement ne dépendra pas uniquement de la disponibilité des capitaux.
Les projets doivent être élaborés, autorisés et structurés. Les pouvoirs publics ont besoin de politiques crédibles, tandis que les investisseurs privés exigent des rendements à la hauteur des risques qu’ils assument.
Le risque est que des prévisions ambitieuses donnent l'impression que la dépense en soi est l'objectif.
Une infrastructure doit être évaluée en fonction des services qu’elle fournit et de l’activité économique qu’elle soutient. Un actif coûteux pour lequel la demande est faible ne prend pas pour autant de la valeur simplement parce qu’il vient s’ajouter au total des investissements.
La qualité compte autant que la quantité.
Le prochain cycle favorisera les capitaux disciplinés
Les infrastructures devraient rester l'un des thèmes d'investissement majeurs des prochaines décennies.
L'urbanisation, la numérisation, la sécurité énergétique et l'adaptation au changement climatique nécessitent toutes des infrastructures physiques importantes. Les réseaux vieillissants des économies développées doivent être renouvelés, tandis que les marchés émergents ont besoin de nouvelles capacités. L'opportunité est bien réelle. Les contraintes le sont tout autant.
Les projets peuvent échouer en raison d'une mauvaise planification, d'interventions politiques, de retards dans la construction ou d'hypothèses irréalistes concernant la demande. Même les actifs durables peuvent entraîner des coûts environnementaux et sociaux. Les partenariats public-privé peuvent permettre de mobiliser des capitaux, mais aussi faire peser sur les contribuables des charges financières importantes.
Les investissements les plus judicieux permettront de concilier les besoins de la population et une source de recettes durable.
Les gouvernements doivent mettre en place des cadres prévisibles et élaborer des projets crédibles. Les investisseurs doivent évaluer les contrats, le contexte politique et les opérations avec le même soin que celui qu’ils apportent aux marchés financiers.
Le déficit en matière d'infrastructures ne sera pas comblé par les seuls investissements. Il le sera projet par projet, grâce à des infrastructures pouvant être financées, construites et exploitées sans perdre de vue la raison pour laquelle elles étaient nécessaires au départ.


