Les répercussions d'un franc suisse fort sur votre portefeuille
Un investisseur suisse détient 1 000 000 USD d’actifs américains. La valeur de son portefeuille augmente de 10 % en dollars. Sur la même période, le dollar perd 12 % par rapport au franc. Exprimé en francs suisses, l’investissement se situe finalement à environ 3 % en dessous de son niveau initial.
Les actifs sous-jacents ont enregistré de bons résultats, mais le taux de change a annulé ce gain. Pour les patrimoines basés en Suisse, le change est assis dans la quasi-totalité des portefeuilles étrangers. Les actions américaines, l'immobilier européen, les obligations internationales et les fonds du marché privé donnent tous des résultats différents une fois leur valeur convertie en francs.
Le rendement de votre investissement et votre rendement en CHF sont deux chiffres différents
Pour un investisseur suisse, un portefeuille d'actions américaines comporte deux composantes : le rendement des titres et l'évolution du taux de change USD/CHF.
Prenons l'exemple d'un investissement de 1 000 000 de francs suisses dans des actions américaines. Une hausse de 10 % de la valeur des titres, combinée à une baisse de 5 % du dollar, se traduit par un rendement en francs suisses d'environ 4,5 %. Une baisse de 10 % du dollar annule quant à elle la quasi-totalité du gain réalisé sur les actions.
Le taux de change joue également en faveur de l'investisseur lorsque le franc s'affaiblit. Les actifs étrangers prennent de la valeur en francs suisses même lorsque leur cours sur le marché local reste inchangé.
Les rapports sur le portefeuille doivent donc distinguer la performance des investissements locaux de la conversion monétaire. Un client suisse qui dépense, paie ses impôts et évalue le patrimoine familial en francs obtient, en fin de compte, un résultat en CHF.
Les portefeuilles internationaux présentent une exposition aux risques de change plus importante que ne le laisse supposer la répartition des actifs
L'exposition au risque de change apparaît rarement comme une allocation distincte.
Un fonds d'actions américain offre une exposition au dollar. Un fonds immobilier européen ajoute une exposition à l'euro. Les engagements en capital-investissement sont souvent libellés en dollars, même lorsque les sociétés du portefeuille opèrent dans plusieurs pays. Les obligations internationales introduisent une exposition par le biais de leur devise de libellé et des opérations de couverture éventuellement mises en place par le gestionnaire.
Un portefeuille composé à 40 % d'actions, à 20 % d'obligations, à 15 % d'actifs des marchés privés et à 10 % d'immobilier ne donne guère d'indications sur les devises sous-jacentes à ces positions.
Les engagements de l'investisseur constituent un facteur supplémentaire. Une famille dont la plupart des dépenses futures, des coûts immobiliers et des obligations fiscales se situent en Suisse présente un profil monétaire différent de celui d'une famille qui finance des logements, des études ou des entreprises aux États-Unis et dans la zone euro. Les actifs et les dépenses futures doivent être pris en compte dans la même analyse monétaire.
Le franc s'est forgé une réputation de monnaie stable sur de longues périodes
Un siècle d'histoire des marchés confirme le statut du franc suisse en tant que devise refuge.
Une analyse a porté sur les années au cours desquelles l'indice Dow Jones a perdu au moins 20 % en l'espace de 30 jours. L'échantillon comprenait 14 années de ce type au cours du siècle dernier, notamment la Grande Dépression, le krach de 1987, l'effondrement de la bulle Internet, la crise financière mondiale et la pandémie.
Sur les six crises majeures examinées plus en détail, l'inflation suisse est restée inférieure à l'inflation britannique dans tous les cas. Les obligations d'État suisses ont également généré des rendements nominaux positifs lors de presque toutes les crises de l'échantillon. Après prise en compte de l'inflation, elles ont généré un rendement positif au cours de quatre des six périodes.
La résistance du franc entraîne également une baisse de la valeur en CHF des actifs étrangers lorsque des capitaux affluent vers la Suisse en période de tension.
Le franc a reculé par rapport à son plus haut niveau atteint en janvier
Ce phénomène est devenu particulièrement visible au début de l'année 2026. Fin janvier, un franc suisse valait brièvement plus de 1,31 dollar américain, son plus haut niveau face au dollar depuis plus d'une décennie. Les investisseurs avaient réduit leur exposition au dollar et réorienté leurs capitaux vers des actifs libellés en francs suisses, en or et en euros.
Cette évolution ne s'est pas poursuivie de manière linéaire. Au 19 septembre 2026, un franc valait environ 1,22 dollar américain, soit l'équivalent d'environ 0,82 franc suisse par dollar. Le franc s'établissait donc à environ 7 % en dessous de son plus haut niveau de janvier face à la devise américaine. Le dollar a regagné du terrain au cours de l'année, enregistrant notamment une nouvelle hausse en septembre à mesure que les taux d'intérêt américains augmentaient.
Un investisseur suisse qui a acheté des actifs américains peu avant le pic atteint par le franc en janvier a profité en partie de ce renversement de tendance. En revanche, ceux qui ont conservé ces mêmes actifs tout au long de la phase d'appréciation précédente ont subi l'effet inverse.
Cette comparaison montre pourquoi un simple instantané du taux de change ne permet guère d'évaluer un portefeuille à long terme. Le mois de janvier a illustré à quel point le franc s'apprécie lorsque la demande d'actifs refuges est forte. Le mois de septembre montre à quelle vitesse une partie de ce mouvement s'inverse lorsque les anticipations de taux d'intérêt et les flux de capitaux évoluent.
Un franc fort a un impact immédiat sur les rendements étrangers
L'appréciation observée en janvier a entraîné une baisse de la valeur en francs suisses des actifs libellés en dollars, tout en faisant baisser le prix des biens importés en Suisse. L'inflation suisse ne s'élevait alors qu'à 0,1 %, alors que la Banque nationale suisse avait fixé sa fourchette de stabilité des prix entre 0 et 2 %.
Ces deux effets se répercutent différemment sur un même ménage. Un franc plus fort renforce le pouvoir d'achat national. Les investissements étrangers perdent de la valeur lorsqu'ils sont convertis en CHF.
Pour les familles fortunées dont une grande partie du patrimoine est détenue hors de Suisse, la question ne se résume donc pas à savoir si un franc fort est “ bon ” ou “ mauvais ”. La hausse du franc renforce le pouvoir d’achat des engagements libellés en CHF tout en réduisant la valeur comptabilisée des avoirs à l’étranger.
La couverture modifie l'ampleur du risque de change auquel est exposé le portefeuille
Un fonds obligataire américain couvert en CHF vise à préserver le rendement des obligations sous-jacentes tout en atténuant l'impact des fluctuations du taux de change USD/CHF. Une version non couverte répercute à la fois le rendement des obligations et les variations du taux de change sur le résultat de l'investisseur.
Les conséquences varient selon les classes d'actifs. Les fluctuations des taux de change représentent généralement une part importante de la volatilité des obligations étrangères de haute qualité, car le cours de ces obligations évolue relativement peu. La couverture modifie donc directement le profil de risque.
Les actions offrent une composition différente. Les résultats des entreprises, leurs valorisations et le cours de leurs actions sont les principaux moteurs des fluctuations à long terme. Les entreprises internationales réalisent également leur chiffre d'affaires dans plusieurs devises, même si l'investisseur obtient toujours une valorisation en CHF lorsque la participation est reconvertie dans le portefeuille.
Les actifs privés étalent l'exposition au risque de change sur des périodes plus longues. Les appels de fonds, les évaluations et les distributions s'étalent sur plusieurs années. Un engagement en capital-investissement libellé en dollars expose donc l'investisseur au taux de change USD/CHF sur plusieurs flux de trésorerie, plutôt que sur une seule opération d'achat et une seule opération de vente. L'application d'un même ratio de couverture aux trois classes d'actifs ne tient pas compte de ces différences.
La performance nécessite trois chiffres
La couverture de change repose en grande partie sur des contrats à terme. Les écarts de taux d'intérêt entre les deux devises ont une incidence sur le coût, tout comme les frais de transaction et les coûts de mise en œuvre.
La couverture élimine également les effets favorables des fluctuations de change.
Lorsque le franc s'affaiblit par rapport au dollar, un investissement américain non couvert prend de la valeur en francs suisses. Un investisseur qui a couvert son investissement renonce à la majeure partie de ce gain de change en échange d'une plus grande stabilité lorsque le franc s'apprécie.
Le niveau de couverture approprié dépend donc en premier lieu du bilan de l’investisseur. Un résident suisse dont la plupart des dépenses, des biens immobiliers et des engagements futurs sont libellés en francs suisses présente déjà une forte exposition économique au CHF. Une famille ayant des dépenses récurrentes en dollars ou des engagements en dollars américains se trouve dans une situation différente.
Un gestionnaire américain peut afficher une excellente année en dollars, tandis qu'un investisseur suisse constatera un gain bien moindre en francs. Il en va de même pour les valorisations des fonds de capital-investissement et les indices boursiers étrangers : la performance locale ne reflète pas le rendement réel du portefeuille.
Une analyse rigoureuse distingue trois éléments : le rendement de l'actif dans sa devise locale, l'effet des fluctuations des taux de change et le résultat final en francs suisses.
La fluctuation observée en 2026 montre à quel point cet écart peut s'élargir. En janvier, un franc valait plus de 1,31 dollar américain, contre environ 1,22 dollar américain au 19 septembre.
L'exposition au risque de change doit donc être abordée dans l'analyse de la performance, et non pas reléguée dans une note de bas de page. La couverture détermine dans quelle mesure les fluctuations des taux de change se répercutent sur le rendement final en CHF.


