Philanthropie et impact

Au-delà des subventions vertes : créer un impact environnemental durable

Photo de Jeremy Wermeille (@smik) sur Unsplash

Un donateur qui envisage de financer des technologies liées au climat devrait se poser la même question : cette subvention permet-elle de mener à bien des actions qui, sans elle, ne verraient pas le jour, ou se contente-t-elle de subventionner une entreprise capable de lever des fonds commerciaux ailleurs ?

La protection de la nature ne peut pas être gérée comme un ensemble de projets isolés. Les bailleurs de fonds spécialisés dans l'environnement préfèrent souvent des projets dont le début, le budget et les résultats sont clairement définis. Or, les écosystèmes ne fonctionnent pas ainsi.

La restauration d'un cours d'eau peut dépendre de la politique agricole menée en amont. La survie d'une population d'oiseaux peut nécessiter une coopération entre plusieurs pays. La pêche durable implique à la fois les moyens de subsistance, l'application de la réglementation, les marchés alimentaires et les sciences marines. Les progrès réalisés dans une région donnée risquent d'être réduits à néant si le système dans son ensemble reste inchangé.

La Fondation Oak, basée à Genève, illustre un modèle plus large, axé sur les systèmes. Son programme « Environnement » se concentre sur les systèmes alimentaires marins et les moyens de subsistance, la nature et les populations, ainsi que les paysages régénératifs, tandis que son programme distinct « Initiatives climatiques mondiales » aborde la question du climat à un niveau plus large. En 2025, la Fondation Oak a déclaré un montant total de subventions de 383 millions de dollars US répartis entre ses différents programmes, dont 31,8 millions de dollars US pour le programme « Environnement » et 38,1 millions de dollars US pour les « Initiatives mondiales sur le climat ».

Ce qui importe, ce n'est pas la taille de la fondation, que peu de donateurs sont en mesure d'égaler. C'est plutôt la prise de conscience que les changements environnementaux nécessitent souvent l'octroi de subventions à des organisations intervenant à différents niveaux : mise en œuvre locale, recherche, actions de sensibilisation, élaboration des politiques et coordination.

Les petits donateurs peuvent suivre la même logique sans pour autant mettre en place un programme mondial. Une famille suisse soucieuse des écosystèmes fluviaux pourrait financer un partenaire local spécialisé dans la restauration, des actions juridiques ou politiques portant sur l’utilisation de l’eau, ainsi qu’un suivi scientifique à long terme. Mettre en commun des ressources avec d’autres fondations peut s’avérer plus utile que d’associer le nom de la famille à un projet isolé. La collaboration est moins visible que la prise d’initiative, mais elle est souvent mieux adaptée au problème.

Les systèmes alimentaires montrent pourquoi les objectifs environnementaux et sociaux ne peuvent être dissociés

La philanthropie environnementale perd de son efficacité lorsqu’elle considère les populations comme un obstacle à la préservation de la nature. Les efforts visant à protéger les forêts, à réduire l’utilisation de produits chimiques ou à modifier les pratiques de pêche ont des répercussions sur les revenus, la sécurité alimentaire et le pouvoir politique local. Un plan de conservation qui semble convaincant vu de Zurich ou de Genève peut échouer parce qu’il impose aux communautés d’en supporter le coût alors que les bénéfices reviennent à d’autres.

Fondée en Suisse, l'organisation Biovision a axé son action sur l'agroécologie et les liens entre la santé écologique, la production alimentaire et les moyens de subsistance. Elle soutient des programmes en Afrique subsaharienne, en Suisse et dans le domaine des politiques internationales, avec pour objectif déclaré de créer des systèmes alimentaires capables de produire des aliments sains selon des méthodes respectueuses de l'environnement et socialement responsables.

Son approche est utile car elle va au-delà du simple fait de rémunérer les agriculteurs pour qu’ils adoptent une technique approuvée. Biovision associe le travail agricole sur le terrain à la recherche, à la formation, au développement des marchés et au plaidoyer politique. Ses projets ont soutenu des méthodes telles que l’agriculture « Push-Pull », qui exploite les interactions écologiques entre les plantes et les insectes plutôt que de reposer exclusivement sur des intrants synthétiques, tandis que son action plus large vise à influencer les conditions dans lesquelles opèrent les entreprises agroécologiques et les agriculteurs.

Cela ne signifie pas pour autant que tous les bailleurs de fonds du secteur environnemental devraient financer l'agriculture. Cela montre simplement pourquoi le choix de l'unité d'analyse est important. Le soutien apporté à une seule exploitation agricole peut constituer une démonstration utile ; mais ce sont les changements apportés à la formation, aux marchés et à la politique agricole qui détermineront si cette pratique se généralise.

Le même principe s'applique en Suisse. Une fondation soucieuse de la santé des sols ne doit pas se limiter à la sensibilisation du public. Elle peut être amenée à soutenir des essais menés par des agriculteurs, la collecte de données indépendantes, des changements dans les pratiques d'approvisionnement et un travail de plaidoyer visant à rendre les pratiques améliorées économiquement viables.

Le portefeuille d'investissement d'une fondation peut aller à l'encontre de ses subventions

Un donateur peut consacrer 5 % du patrimoine d'une fondation à des actions en faveur de l'environnement, tout en investissant le reste de la dotation sans tenir compte des enjeux liés au climat ou à la biodiversité.

Cette contradiction fait aujourd’hui l’objet d’une attention accrue. L’Engagement philanthropique international sur le changement climatique invite les fondations à prendre en compte le climat non seulement dans l’octroi de subventions, mais aussi dans leur gouvernance, leurs investissements, leurs activités, leur apprentissage et leur transparence. De même, les recommandations suisses encouragent les fondations à examiner leur exposition aux énergies fossiles, à sensibiliser leurs conseils d’administration et à réfléchir à la manière dont le climat influe sur les programmes ne relevant pas officiellement d’un portefeuille environnemental.

La solution ne consiste pas nécessairement à réorienter l'intégralité du fonds de dotation vers des produits portant un label de développement durable. Les données relatives à l'investissement environnemental restent incohérentes, et les portefeuilles peuvent se retrouver soumis à des frais plus élevés ou à un risque concentré sans pour autant offrir de bénéfice écologique supplémentaire.

La fondation doit néanmoins savoir ce qu’elle détient. Elle doit être en mesure d’expliquer comment les gestionnaires d’investissement évaluent les risques liés à la transition climatique, à la déforestation, à la pollution et à la gestion responsable. Lorsqu’un investissement entre en conflit direct avec la mission de la fondation, les administrateurs doivent s’appuyer sur une raison plus solide que la simple commodité du mandat existant.

Il existe également une différence entre l'alignement du portefeuille et son utilisation active. Une fondation peut exclure certains secteurs, investir dans des solutions climatiques, mener un dialogue avec les entreprises ou accepter des rendements concessionnels lorsque cela sert directement sa mission. Chaque approche a des implications financières et en termes d'impact différentes. La politique d'investissement doit découler de la mission plutôt que de servir uniquement à donner l'impression d'une cohérence.

Les organismes de financement pourraient avoir plus d'importance que le financement de l'innovation

La philanthropie environnementale s'intéresse aux nouvelles solutions : un matériau capable de stocker le carbone, une plateforme permettant de mesurer la biodiversité ou une méthode de production alimentaire nécessitant moins d'intrants. L'innovation offre un récit concret et la possibilité d'un succès retentissant.

La demande de financement la moins attrayante peut provenir d’une organisation qui a besoin d’un directeur financier, de systèmes de gestion des données améliorés ou de revenus non affectés suffisants pour conserver son personnel expérimenté. Or, des institutions fragiles ne peuvent pas mettre en œuvre des programmes environnementaux solides à long terme.

Une étude suisse sur la philanthropie a révélé que le financement traditionnel de projets reste la norme parmi les fondations octroyant des subventions. Cette préférence peut conduire les organisations bénéficiaires à disposer d'activités bien financées, mais dont le fonctionnement est sous-financé.

Le travail en faveur de l'environnement est particulièrement vulnérable, car ses résultats ne se concrétisent qu'à long terme. Le rétablissement des espèces, la restauration des écosystèmes et la réforme des politiques ne s'inscrivent pas facilement dans des cycles de financement annuels. Les organisations doivent avoir la capacité d'apprendre, d'adapter leurs méthodes et, parfois, de reconnaître qu'une intervention n'a pas porté ses fruits.

Les subventions pluriannuelles et flexibles peuvent donc générer davantage de valeur qu’une subvention de projet plus importante mais soumise à des restrictions. Elles exigent également des donateurs qu’ils renoncent à une partie de leur contrôle, ce qui constitue souvent la décision la plus difficile à prendre dans le domaine philanthropique.

Un donateur sérieux devrait demander à une organisation environnementale ce dont elle a besoin pour rester efficace, et pas seulement quel nouveau projet elle pourrait imaginer pour la fondation.

MAVA explique comment un donateur peut s'organiser pour « disparaître »

Les fondations sont souvent conçues pour exister indéfiniment, même lorsque le capital du donateur pourrait générer davantage de valeur s’il était investi plus rapidement.

La Fondation MAVA, basée en Suisse, a choisi une voie différente. Créée en 1994, elle a mené des actions en Méditerranée, en Afrique de l’Ouest, en Suisse et dans le domaine des systèmes économiques durables avant de mettre fin à ses activités de subventionnement en 2022. Sa stratégie finale a délibérément consisté à préparer 24 partenariats à un avenir sans MAVA, en combinant le financement de la conservation avec un soutien organisationnel, l’évaluation, le développement du leadership et des efforts visant à renforcer les réseaux entre les partenaires.

Cette fermeture ne s'est pas limitée à une simple utilisation du solde de la dotation. Elle a contraint la fondation à se poser une question que les institutions permanentes peuvent repousser : qu'adviendra-t-il lorsque le donateur ne sera plus là ?

Pour cela, il a fallu aider ses partenaires à diversifier leurs sources de financement, à préserver le savoir et à pérenniser la collaboration. MAVA a également publié des évaluations et tiré les enseignements de près de trois décennies de travail, plutôt que de laisser son expérience disparaître avec l'organisation.

Un modèle de « dépense progressive » ne conviendra pas à toutes les fondations environnementales. Certains problèmes nécessitent des institutions permanentes et des capitaux à long terme. La leçon à en tirer est que la durée doit être choisie de manière réfléchie. Une fondation ne doit pas perdurer simplement parce que la pérennité administrative est devenue son objectif tacite.

Les donateurs confrontés à une crise écologique urgente peuvent raisonnablement en conclure qu’un capital investi sur une période de 15 ans a plus de valeur qu’une distribution annuelle plus modeste versée à perpétuité.

Les mesures doivent influencer les décisions, et non servir à embellir les rapports.

Les bailleurs de fonds du secteur de l'environnement ont raison de se demander ce que leur argent a permis d'accomplir, mais cette évaluation peut s'avérer réductrice.

Le simple décompte des arbres plantés ne donne qu’une idée très limitée de leur taux de survie. Le nombre d’hectares protégés ne renseigne ni sur la qualité écologique ni sur l’application de la réglementation. Les tonnes d’émissions évitées peuvent reposer sur des hypothèses difficiles à vérifier pour les personnes extérieures.

La solution ne consiste pas à renoncer à la mesure. Elle consiste à faire en sorte que les données justifient la décision.

Une fondation qui finance une expérimentation à un stade précoce peut avoir besoin de savoir si sa mise en œuvre est réalisable et si les communautés concernées l'acceptent. Un programme bien établi devrait fournir des preuves plus solides de ses résultats. Le travail en matière de politiques publiques peut nécessiter une analyse des contributions plutôt qu'une affirmation selon laquelle une subvention aurait à elle seule entraîné un changement législatif.

Les donateurs devraient également financer les travaux d'évaluation. Il est déraisonnable d'exiger des données écologiques pointues tout en refusant de financer le suivi, l'expertise en matière de données et le temps nécessaire.

Avant tout, les conclusions doivent avoir une incidence sur le financement. Si des évaluations répétées montrent qu’un programme privilégié n’apporte que peu d’avantages durables, la fondation doit être prête à y mettre fin. La philanthropie stratégique perd tout son sens lorsque l’évaluation sert uniquement à confirmer l’intuition initiale du donateur.

Dans quels cas un nouveau donateur suisse dans le domaine de l'environnement peut-il être utile ?

Le donateur devrait commencer par une carte plutôt que par un acte de fondation.

Qui finance déjà ce domaine ? Quelles organisations disposent des connaissances nécessaires ? Quels sont les domaines financés par l'État, et dans quels domaines les responsabilités légales sont-elles négligées ? Quelles solutions peuvent attirer des investissements privés, et quels biens publics resteront sans financement sans subventions ?

L'étape suivante consiste à choisir le rôle du donateur. Il peut s'agir d'apporter un capital-risque de démarrage pour l'innovation climatique, d'apporter un soutien à long terme à des organisations de protection de la nature, de jouer un rôle de catalyseur entre des institutions fragmentées ou de soutenir des initiatives politiques et juridiques que d'autres bailleurs de fonds évitent.

L'expertise locale est indispensable. Un donateur soucieux de la préservation des écosystèmes alpins devrait associer les propriétaires fonciers, les communes, les chercheurs et les professionnels de la protection de la nature avant de concevoir son programme. Ces relations donneront lieu à des désaccords et ralentiront le processus initial. Elles permettront également de mettre en lumière des hypothèses qui, sans cela, se transformeraient en erreurs coûteuses.

Le donateur doit ensuite déterminer quel niveau de contrôle est réellement nécessaire. Un fonds conseillé par le donateur, une fondation parapluie ou un fonds collaboratif peuvent constituer une meilleure structure qu’une nouvelle fondation autonome, en particulier lorsque le capital est limité ou que la famille ne dispose pas d’expertise en matière d’environnement. À la fin de l’année 2023, les fondations parapluies suisses disposaient d’un capital de 1,6 milliard de francs suisses et avaient versé 78,6 millions de francs suisses à 2 157 projets, la protection de l’environnement figurant parmi les domaines les plus fréquemment soutenus.

Une nouvelle institution ne devrait être créée que si sa gouvernance, son horizon temporel ou ses compétences spécialisées apportent une valeur ajoutée que les structures existantes ne peuvent offrir, et non parce que la créer semble plus prestigieux que de se joindre au travail de quelqu’un d’autre.

La philanthropie environnementale est parfois présentée comme la liberté d’agir là où la politique et les marchés évoluent trop lentement. Cette liberté est bien réelle, tout comme la responsabilité qui y est associée. Les donateurs privés peuvent tester des idées, financer des études impopulaires et soutenir des institutions dont les retombées positives s’étendent bien au-delà d’un cycle électoral ou d’investissement.

Ils peuvent également imposer des solutions à la mode, sous-estimer les connaissances locales et confondre convictions personnelles et preuves. La différence ne réside pas dans la générosité. Elle tient à la volonté du donateur d’écouter avant de concevoir un projet, de financer le travail peu prestigieux qui entoure l’intervention et de changer de cap lorsque les données factuelles deviennent gênantes.

La Suisse ne manque ni de fondations ni d’ambition environnementale. L’opportunité réside dans l’utilisation de son capital philanthropique, là où l’indépendance et la patience changent véritablement la donne. Un donateur annonce la création d’une nouvelle fondation environnementale, nomme un conseil d’administration respecté et choisit un enjeu suffisamment vaste pour paraître urgent : le climat, la biodiversité, l’alimentation durable ou la protection de la nature. Les premières subventions sont généreuses, le lancement attire l’attention et le rapport annuel regorge de photos de forêts, de fermes et de technologies propres.

Quelques années plus tard, une question moins confortable se pose. Qu’est-ce qui a changé grâce à l’existence de cette fondation en particulier ? La réponse ne se mesure que rarement au montant distribué. Une zone humide restaurée peut rester dépendante des pouvoirs publics bien après l’expiration de la subvention initiale. Une technologie climatique peut fonctionner dans le cadre d’un projet pilote sans pour autant trouver de clients. Une organisation environnementale peut mener à bien un excellent projet tout en restant trop fragile financièrement pour conserver son personnel. Un donateur peut soutenir une recherche ambitieuse sans modifier les politiques ou les incitations commerciales qui continuent de générer le problème initial.

C'est là toute la tension qui réside au cœur de la philanthropie environnementale. La fortune privée peut agir plus rapidement que les pouvoirs publics, tolérer une plus grande incertitude que les investisseurs conventionnels et soutenir des actions qui n’ont pas de retour commercial immédiat. Elle peut également concentrer l’influence entre les mains de donateurs non élus, qui peuvent privilégier des interventions visibles plutôt qu’un travail institutionnel moins prestigieux et qui sont parfois tentés de traiter les systèmes environnementaux comme s’il s’agissait d’entreprises en attente d’une stratégie plus incisive. La Suisse constitue un cadre particulièrement important pour ce débat. Elle comptait 13 782 fondations caritatives actives à la fin de l’année 2025, après la création de 325 fondations et la dissolution de 253 au cours de l’année. La protection de l’environnement figure également parmi les domaines les plus fréquemment soutenus par les fondations faîtières suisses. Pourtant, l’ampleur du secteur ne permet pas aux donateurs de savoir si une nouvelle fondation, un nouveau fonds pour le climat ou un nouveau programme en faveur de la nature est nécessaire. Elle leur indique simplement que la Suisse dispose déjà d’une infrastructure philanthropique dense, au sein de laquelle les capitaux peuvent être coordonnés, dupliqués ou gaspillés.

Le meilleur engagement en faveur de l'environnement ne naît pas d'une volonté personnelle de laisser un héritage, mais d'un état des lieux précis des lacunes des finances publiques, des investissements commerciaux et de la philanthropie existante.

La Suisse offre un terrain fertile, mais pas une page blanche

Le cadre institutionnel suisse en matière de fondations présente un attrait qui tient à des raisons bien connues. Le système juridique y est stable, le secteur de la gestion de fortune est bien établi, et les donateurs peuvent trouver, sur un périmètre géographique relativement restreint, des fondations, des établissements universitaires, des organisations internationales et des ONG environnementales. Genève fait le lien entre la philanthropie et les institutions multilatérales, tandis que Bâle, Zurich et Lausanne offrent de solides réseaux scientifiques et financiers.

Cette concentration peut donner l’impression que la création d’une fondation est l’expression naturelle d’une intention sérieuse. Ce n’est peut-être pas la plus efficace. Un donateur qui s’intéresse à la biodiversité alpine, par exemple, s’engage dans un domaine déjà occupé par les pouvoirs publics, les instituts de recherche, les organisations de protection de la nature et les usagers locaux du territoire. Ces fonds supplémentaires ne sont utiles que lorsqu’ils permettent de financer ce que le système existant ne peut pas financer de manière adéquate : le suivi des patients, la coordination au-delà des frontières cantonales, l’expertise juridique, les méthodes expérimentales de gestion des terres ou la capacité organisationnelle d’un petit groupe accomplissant un travail indispensable.

Cette distinction est importante, car il est facile de présenter les projets environnementaux sous un jour favorable lorsqu’ils sont considérés isolément. Une fondation peut financer la restauration d’un habitat, compter le nombre d’hectares concernés et publier le résultat. Le plus difficile est de veiller à ce que ces terres restent protégées, que la commune respecte ses engagements et que les gains écologiques ne soient pas annulés ailleurs.

Une bonne action philanthropique finance les conditions nécessaires à la mise en œuvre du projet, et pas seulement le projet lui-même.

Les subventions sont particulièrement utiles là où les marchés ne peuvent pas encore intervenir

Dans le domaine de la finance environnementale, la distinction entre subventions, investissement d'impact et investissement commercial classique devient de plus en plus floue. Ces trois types d'investissement peuvent tous être utiles, mais ils ne doivent pas être considérés comme interchangeables.

Une subvention est indiquée lorsque l'intérêt public visé ne peut générer des recettes suffisantes, lorsqu'une organisation teste une intervention dont les résultats sont incertains ou lorsque le projet implique un travail de plaidoyer, un suivi scientifique ou une participation communautaire qu'aucun investisseur ne peut raisonnablement prendre en charge.

Les capitaux d'investissement ont leur place là où il existe un modèle économique plausible et une voie crédible de remboursement ou de rendement. Un bailleur de fonds peut choisir d'accepter des rendements inférieurs à ceux du marché ou un risque plus élevé, mais l'opération doit néanmoins être considérée comme un investissement. Qualifier de « philanthropique » un capital commercial au seul motif que l'entreprise concernée œuvre en faveur du climat ne rend pas ce financement « additionnel ».

La Fondation suisse pour le climat illustre concrètement comment la philanthropie peut occuper l'espace entre une idée et une entreprise susceptible de bénéficier d'investissements. Depuis 2009, elle soutient les innovations liées au climat menées par des PME en Suisse et au Liechtenstein. Fin 2025, elle avait approuvé plus de 42 millions de francs suisses d’aides, dont plus de 22 millions pour plus de 220 projets d’innovation. Rien que lors de son premier cycle de financement de 2025, elle a octroyé plus de 1,4 million de francs suisses à 11 projets, notamment des systèmes de rénovation de bâtiments, des technologies d’énergie propre et des solutions industrielles. L’intérêt ne réside pas simplement dans le fait que ces entreprises aient bénéficié d’un capital moins coûteux. L’évaluation d’impact réalisée par la fondation elle-même en 2025 a révélé que 23 % des PME soutenues ont déclaré que leur projet d’innovation n’aurait pas vu le jour sans ce financement, tandis que 41 % ont indiqué qu’il aurait été sérieusement retardé ou réduit. Il s’agit là de résultats déclarés par les entreprises elles-mêmes plutôt que d’une évaluation économique indépendante, mais ils illustrent le type de lacune que la philanthropie peut combler : ce stade où une solution techniquement plausible reste trop précoce, trop modeste ou trop incertaine pour bénéficier d’un financement conventionnel. 


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