Plateformes d'intégration numérique

Les plateformes numériques d'intégration qui révolutionnent la gestion de patrimoine à l'échelle mondiale

Photo de Coinstash Australia (@coinstash_au) sur Unsplash

Autrefois, l'ouverture d'un dossier de gestion de patrimoine impliquait des réunions répétées, une montagne de paperasse et des semaines de vérifications d'identité. Les plateformes d’intégration numériques promettent de réduire ce processus à quelques jours tout en améliorant la qualité des données clients et les contrôles réglementaires. Deloitte indique que 67% des sociétés de gestion de patrimoine ont adopté de telles solutions. Le défi qui reste à relever n’est pas la numérisation des formulaires, mais la refonte d’un processus complexe sans compromettre la conformité ni la qualité du service personnalisé.

L'intégration des clients se situe à la croisée des domaines de la vente, de la réglementation et des opérations. Avant qu'un gestionnaire de patrimoine puisse accepter des actifs, il doit identifier le client, vérifier l'origine des fonds, évaluer l'adéquation des produits proposés et recueillir des informations sur la résidence fiscale, les objectifs d'investissement et la propriété effective.

Une grande partie de ce travail était traditionnellement effectuée manuellement. Les clients remplissaient des formulaires papier, fournissaient des copies de documents et répondaient à des questions similaires à plusieurs étapes du processus. Les employés transféraient ensuite ces informations d'un système à l'autre et les vérifiaient à l'aide de bases de données internes et externes.

Le résultat était lent, coûteux et source d'erreurs.

Les plateformes numériques transforment les mécanismes de l'intégration des nouveaux clients. L'identification électronique, l'examen automatisé des documents et les contrôles de conformité intégrés permettent de réduire les doublons et offrent aux clients une vision plus claire de l'avancement de leur dossier.

La rapidité est importante. Mais l'avantage principal réside dans la création, dès le début de la relation, de dossiers clients plus complets et plus exploitables.

Des formulaires électroniques aux flux de travail intégrés

La première génération de procédures d'intégration numérique se contentait souvent de transposer les processus papier à l'écran. Les clients saisissaient leurs informations en ligne, mais les employés devaient encore vérifier les documents manuellement et transférer les données entre des systèmes non interconnectés.

Les plateformes plus avancées relient les différentes étapes du processus d'intégration. La vérification d'identité, le contrôle des sanctions, la documentation fiscale, les évaluations d'adéquation et les signatures électroniques peuvent faire partie d'un même flux de travail.

Les informations saisies une seule fois peuvent être réutilisées tout au long du processus. Les documents manquants peuvent être signalés automatiquement. Les équipes chargées de la conformité peuvent ainsi se concentrer sur les cas atypiques ou présentant un risque plus élevé, plutôt que d'examiner chaque demande de la même manière.

UBS a mis en place des outils numériques d'intégration destinés à réduire la paperasse et à raccourcir le délai nécessaire à l'établissement d'une relation client. Des démarches qui prenaient auparavant plusieurs semaines peuvent désormais, dans certains cas, être menées à bien en quelques jours.

JPMorgan a également investi dans des infrastructures dédiées à l'intégration numérique et au service client. Son expérience reflète une évolution plus générale du secteur : les grandes institutions financières ne considèrent plus l'intégration comme une simple procédure administrative, mais comme un élément essentiel de leur offre client.

Une procédure de demande trop lourde peut ébranler la confiance avant même que la relation d'investissement n'ait commencé.

La fintech modifie les attentes des clients

Les entreprises de la fintech ont contribué à ancrer l'idée selon laquelle il était possible d'accéder rapidement aux services financiers grâce à des interfaces numériques intuitives.

Les clients habitués à ouvrir des comptes de paiement ou de courtage via une application mobile sont moins enclins à accepter que l'on leur demande à plusieurs reprises les mêmes informations. Ils s'attendent à pouvoir télécharger des documents à distance, à signer par voie électronique et à recevoir des informations claires sur l'avancement de leur dossier.

Cette pression est particulièrement perceptible chez les jeunes investisseurs. Accenture a constaté que 83% des milléniaux s'attendaient à ce que les conseillers financiers proposent une intégration numérique dans le cadre de leurs services.

Cette préférence ne doit pas être interprétée comme un rejet des conseils personnalisés. Les clients peuvent tout à fait souhaiter s'entretenir avec un conseiller au sujet de leurs décisions d'investissement, de leur situation familiale ou de leur planification successorale. En revanche, ils sont moins enclins à apprécier les formalités administratives fastidieuses.

L'intégration numérique est donc particulièrement efficace lorsqu'elle permet d'éviter les efforts superflus sans pour autant priver les utilisateurs d'un soutien humain.

Un processus entièrement automatisé peut convenir à un dossier simple. En revanche, une famille disposant de fiducies, de sociétés d'exploitation et d'actifs répartis dans plusieurs juridictions nécessitera une analyse plus approfondie.

La plateforme doit faire la distinction.

La croissance ne repose pas uniquement sur la commodité

Le marché mondial de l'intégration numérique dans le secteur de la gestion de patrimoine devrait connaître une croissance annuelle de 22% entre 2023 et 2028.

La demande des clients est un facteur. La réglementation en est un autre.

Les gestionnaires de patrimoine sont soumis à des obligations précises en matière de vérification d'identité, de contrôles anti-blanchiment, de sanctions, de déclaration fiscale et d'adéquation des produits aux investisseurs. Ces exigences peuvent varier d'une juridiction à l'autre et évoluer au fil du temps.

Une plateforme numérique permet de guider les collaborateurs et les clients à travers les questions pertinentes, d'enregistrer les décisions et de conserver une piste d'audit. Les entreprises font état d'un meilleur respect des réglementations après la mise en œuvre, 78% faisant état d'améliorations en matière de conformité.

Cet avantage tient en partie à la cohérence. Les flux de travail automatisés réduisent le risque qu'un employé omette une étape obligatoire ou utilise un document obsolète.

Pour autant, l'automatisation ne garantit pas la conformité. Un système mal conçu peut reproduire des erreurs à grande échelle. Les règles doivent être mises à jour, les sources de données surveillées et les exceptions examinées par des collaborateurs qualifiés.

La technologie peut permettre de mettre en œuvre un processus. Elle ne peut toutefois pas déterminer si ce processus est lui-même adéquat.

La réduction des coûts dépend de la mise en œuvre

McKinsey a estimé que les solutions numériques pouvaient réduire les coûts d'intégration jusqu'à 40%.

Ces économies peuvent provenir d'une réduction du nombre de vérifications manuelles, d'une diminution de la ressaisie des données et d'un raccourcissement des délais de traitement. Les dossiers numériques sont également plus faciles à consulter pour des examens ultérieurs, ce qui allège la charge de travail tout au long de la relation client.

Le chiffre global masque des écarts considérables.

Une entreprise dont les systèmes sont fragmentés peut devoir réaliser des investissements importants avant de pouvoir réaliser des économies. Il faut interconnecter les bases de données existantes, repenser les flux de travail et former les collaborateurs. Les prestataires externes peuvent facturer des frais récurrents liés aux licences, à la vérification ou aux transactions.

La rentabilité du projet dépend également de l'échelle. Une grande banque qui accueille des milliers de clients peut répartir les coûts de développement sur une large base. Un gestionnaire de patrimoine de taille plus modeste peut préférer recourir à une plateforme tierce, mais doit s'assurer que le système est capable de prendre en charge des clients aux besoins complexes et de se conformer à la réglementation locale.

La numérisation n'est pas nécessairement moins coûteuse. Elle ne devient moins coûteuse que lorsque la technologie permet d'éliminer les doublons, et non lorsqu'elle ne fait qu'ajouter une étape supplémentaire au processus.

La conformité devient plus sélective

Les processus de conformité traditionnels considèrent souvent que chaque demande nécessite le même volume de travail. L'intégration numérique permet aux entreprises d'adopter une approche davantage axée sur les risques.

Les dossiers simples peuvent faire l'objet de contrôles automatisés nécessitant une intervention minimale. Les demandes concernant des personnes politiquement exposées, des structures de propriété complexes ou des juridictions à haut risque peuvent être transmises à un niveau supérieur pour faire l'objet d'un examen approfondi.

L'intelligence artificielle pourrait permettre d'affiner ce triage. Les systèmes sont capables de comparer des documents, de détecter des incohérences et d'identifier des schémas indiquant qu'un examen plus approfondi s'impose.

L'utilisation de l'IA dans l'intégration numérique devrait augmenter de 40% d'ici 2025. Son potentiel réside moins dans le remplacement des responsables de la conformité que dans la possibilité de leur permettre de concentrer leur attention sur les cas nécessitant un jugement.

Les faux positifs restent un problème. Les outils de filtrage automatisés peuvent signaler certains clients simplement parce qu’ils portent le même nom qu’une personne soumise à des sanctions ou parce que les informations sont incomplètes.

Une plateforme efficace doit donc permettre d'examiner facilement les exceptions. Sinon, l'automatisation ne fait que déplacer la charge administrative de l'examen initial vers la correction des erreurs.

Une meilleure expérience passe par une conception soignée

PwC a indiqué que les entreprises ayant recours à l'intégration numérique ont enregistré une amélioration de la satisfaction client d'environ 30%.

Cet avantage est tout à fait plausible. Les clients apprécient la rapidité, la clarté et la possibilité d'accomplir leurs démarches sans avoir à se déplacer ni à échanger de courrier inutilement.

Des processus numériques mal conçus peuvent avoir l'effet inverse.

Les formulaires trop longs, les instructions peu claires et les défaillances techniques répétées sapent rapidement la confiance. Les clients peuvent renoncer à remplir un formulaire s'ils ne comprennent pas pourquoi des informations sensibles leur sont demandées ni comment celles-ci seront protégées.

Les meilleures plateformes expliquent chaque étape, affichent la progression et permettent aux utilisateurs d'enregistrer et de reprendre leurs demandes. Elles offrent également un accès clair à une assistance humaine.

L'accessibilité est également un aspect important. Tous les clients ne sont pas à l'aise avec les vérifications d'identité en ligne ou le téléchargement de documents. Les clients plus âgés, les personnes en situation de handicap et celles confrontées à des situations complexes peuvent avoir besoin d'une aide supplémentaire.

Une approche axée sur le numérique ne doit pas se transformer en une approche exclusivement numérique.

La qualité des données commence dès l'intégration

Les informations sur les clients recueillies lors de la procédure d'intégration ne servent pas uniquement à obtenir l'agrément réglementaire.

Ces informations orientent les recommandations d'investissement, les évaluations des risques, les déclarations fiscales et la communication future. Des données incomplètes ou incohérentes dès le début de la relation peuvent entraîner des problèmes pendant des années.

Les plateformes intégrées permettent d'améliorer la qualité en validant les données saisies, en rendant certains champs obligatoires et en réduisant les transferts manuels entre les systèmes.

Elles permettent également de rendre les révisions ultérieures plus efficaces. Un client peut ainsi confirmer ou mettre à jour les informations existantes plutôt que de devoir recommencer tout le processus depuis le début.

Cela s'avère particulièrement utile dans le domaine de la gestion de patrimoine, où la situation familiale, les structures de propriété et la résidence fiscale peuvent évoluer.

La plateforme d'intégration doit donc être considérée comme le point de départ d'une relation axée sur les données, et non comme un simple outil administratif ponctuel.

C'est pourquoi la gouvernance est essentielle. Les entreprises ont besoin de règles claires concernant les informations collectées, leur lieu de stockage, les personnes autorisées à y accéder et la durée de leur conservation.

La sécurité contribue à renforcer la confiance des clients

L'intégration numérique exige des clients qu'ils fournissent certaines de leurs informations les plus sensibles : passeports, adresses, données fiscales, relevés d'actifs et justificatifs de l'origine de leur patrimoine.

Une faille de sécurité à ce stade peut avoir de graves conséquences financières et nuire à la réputation de l'entreprise.

Les entreprises doivent protéger les données lors de leur transfert et de leur stockage, contrôler les accès et évaluer la résilience des prestataires externes. Elles doivent également mettre en place des procédures pour faire face à la fraude, à l'usurpation d'identité et à la falsification de documents.

L'identification biométrique peut renforcer la fiabilité de la vérification à distance, mais elle soulève de nouvelles préoccupations en matière de protection de la vie privée. La blockchain a également été proposée comme moyen de créer des enregistrements d'identité inviolables, bien que son adoption concrète reste encore limitée.

La priorité n'est pas d'utiliser les technologies les plus récentes. Il s'agit plutôt de choisir des contrôles qui soient adaptés, compréhensibles et conformes aux exigences réglementaires.

Les clients peuvent accepter un processus de vérification approfondi lorsqu'ils en comprennent l'objectif. En revanche, ils se montrent moins indulgents lorsque les entreprises leur demandent des données sensibles sans leur expliquer comment celles-ci seront utilisées.

Le personnel reste au cœur du processus

L'intégration numérique transforme le fonctionnement interne de l'organisation.

Les chargés de clientèle doivent comprendre les exigences de la plateforme et savoir comment accompagner les clients dans son utilisation. Les équipes opérationnelles doivent gérer les cas exceptionnels. Les responsables de la conformité doivent savoir dans quels cas les résultats générés automatiquement peuvent être acceptés et dans quels cas une analyse plus approfondie est nécessaire.

La formation n'est donc pas une tâche secondaire dans le cadre de la mise en œuvre. Elle détermine si les employés font confiance au système ou s'ils mettent en place des solutions de contournement informelles qui le sapent.

La plateforme devrait également permettre de réduire la confusion en interne. Les collaborateurs ont besoin d'une vue d'ensemble commune d'une demande, incluant les documents en attente, les vérifications effectuées et les motifs justifiant les décisions en matière de conformité.

Sans cette visibilité, les clients risquent de continuer à recevoir des demandes contradictoires de la part de différents services.

La technologie ne permet d'améliorer l'expérience que si l'organisation qui la met en œuvre fonctionne de manière cohérente.

Cette adoption mettra en évidence la différence entre « numérique » et « numérisé »

Selon les prévisions, 90% de sociétés de gestion de patrimoine auront recours à une forme ou une autre d'intégration numérique d'ici 2026.

Même si l'adoption de cette solution atteint ce niveau, la qualité de sa mise en œuvre variera considérablement. Certaines entreprises proposeront un processus intégré alliant expérience client, gestion des données et conformité. D'autres se contenteront d'ajouter des formulaires électroniques à un modèle opérationnel inchangé.

Cette distinction deviendra de plus en plus évidente.

Les clients compareront le processus d'intégration non seulement à celui d'autres gestionnaires de patrimoine, mais aussi aux meilleurs services numériques auxquels ils ont recours ailleurs. Les autorités de régulation attendront des entreprises qu'elles démontrent que les contrôles automatisés sont fiables et soumis à une gouvernance adéquate.

L'intelligence artificielle pourrait améliorer l'analyse des documents et le dépistage des risques. Les outils d'identité numérique pourraient réduire encore davantage le recours aux réunions en présentiel. Une meilleure intégration des systèmes permettrait une circulation plus efficace de l'information entre les conseillers, les dépositaires et les équipes chargées de la conformité.

Mais l'objectif principal restera inchangé : établir une relation client de manière sécurisée, précise et en limitant au maximum les obstacles inutiles.

L'intégration numérique ne remplacera pas le caractère personnalisé de la gestion de patrimoine. Elle déterminera l'efficacité avec laquelle cette relation personnalisée s'établit.