Bureaux multi-familiaux

L'essor des multi-family offices sur les marchés émergents

Photo de Campaign Creators (@campaign_creators) sur Unsplash

Les family offices multi-clients occupent une place de plus en plus importante dans la gestion de patrimoine sur les marchés émergents. Leur essor reflète une réalité simple : les familles nouvellement fortunées dépassent désormais le cadre des relations bancaires privées traditionnelles, mais beaucoup d’entre elles ne sont pas encore assez importantes, ou ne souhaitent pas, mettre en place un family office dédié à une seule famille doté d’un personnel complet.

Il en résulte un marché en pleine expansion pour des plateformes de gestion de patrimoine plus professionnelles, plus flexibles et mieux adaptées. En Asie, au Moyen-Orient, en Amérique latine et dans certaines régions d'Afrique, les familles fortunées recherchent des conseils qui vont au-delà de la simple gestion de portefeuille. Elles ont besoin de services en matière de gouvernance, de planification successorale, de coordination fiscale, de philanthropie, de reporting et d'accès à des opportunités d'investissement à l'échelle mondiale.

C'est là que les multi-family offices trouvent leur place.

Au-delà de la banque privée

Pendant des décennies, la gestion de patrimoine dans de nombreux marchés émergents a été dominée par les grandes banques. Ce modèle était souvent axé sur les produits : dépôts, fonds, produits structurés, crédit et accès aux marchés internationaux.

Cette approche ne suffit plus à de nombreuses familles fortunées. Leur situation financière est devenue plus complexe. Leur patrimoine peut être réparti entre des sociétés d'exploitation, des biens immobiliers, des structures offshore, des fonds de capital-investissement, des titres cotés en bourse et des entreprises familiales. Une banque peut gérer une partie de ce patrimoine, mais rarement l'ensemble.

Les multi-family offices se positionnent comme une structure de conseil plus globale. Ils ne se contentent pas de sélectionner des placements. Ils aident les familles à organiser leur patrimoine, à définir des structures décisionnelles, à superviser les conseillers, à gérer les risques et à préparer la transmission générationnelle.

L'argument du coût

Les aspects financiers sont importants. La création et la gestion d'un family office dédié à une seule famille peuvent s'avérer coûteuses. Cela nécessite de faire appel à des professionnels de l'investissement, des avocats, des conseillers fiscaux, des comptables, du personnel administratif, ainsi qu'à des systèmes de reporting et des processus de gouvernance.

Pour les familles dont le patrimoine est inférieur à un certain seuil, cette solution peut s'avérer peu efficace. Un multi-family office propose une infrastructure commune et donne accès à une expertise professionnelle. La famille bénéficie ainsi d'un service de type institutionnel sans avoir à supporter l'intégralité des coûts liés à une structure autonome.

Cet avantage en termes de coûts est particulièrement pertinent sur les marchés émergents, où de nombreux créateurs de fortune de première génération sont encore en train de déterminer le degré de formalisation que doivent atteindre leurs structures patrimoniales. Un multi-family office peut constituer une étape intermédiaire entre la banque privée et un family office dédié à une seule famille.

Asie, Moyen-Orient et Amérique latine

La croissance des multi-family offices est particulièrement visible dans les régions où la fortune privée s'est rapidement développée. L'Asie a vu naître un grand nombre d'entrepreneurs, de fondateurs d'entreprises technologiques et de familles industrielles. Le Moyen-Orient a connu une augmentation du capital familial mondialisé, des écosystèmes d'investissement liés aux fonds souverains et de la diversification transfrontalière. L'Amérique latine compte des familles d'entrepreneurs de longue date qui recherchent une meilleure structuration internationale et une diversification des risques politiques.

La tendance générale est à la complexité. Les familles ne se contentent plus d'investir au niveau national. Elles acquièrent des actions internationales, des fonds du marché privé, des biens immobiliers à l'étranger, des participations en capital-risque, des infrastructures et des actifs à impact social. Cela nécessite un reporting plus rigoureux, une gouvernance plus rigoureuse et une meilleure coordination entre les conseillers.

La Chine illustre l'une des facettes de cette tendance. À mesure que la fortune privée s'est accrue, les familles fortunées se sont montrées plus actives dans les investissements directs, la planification offshore et la répartition mondiale de leurs actifs. Les multi-family offices peuvent aider à coordonner ces besoins, même s'ils doivent également composer avec l'évolution de la réglementation et les contraintes liées au contrôle des capitaux.

La gouvernance devient le produit

Le changement le plus important réside dans le fait que la gouvernance fait désormais partie intégrante du service. Les familles fortunées ne se contentent plus de demander où investir. Elles s'interrogent sur la manière dont les décisions doivent être prises, sur les personnes qui doivent y participer et sur la façon dont la prochaine génération doit être préparée.

Il s'agit là d'un changement majeur. De nombreuses familles des marchés émergents sont encore dirigées par leurs fondateurs. La première génération a souvent bâti sa fortune grâce à l'entrepreneuriat, à l'immobilier, au commerce, à la finance ou à l'industrie. La prise de décision peut être rapide, personnelle et informelle.

Ce modèle devient plus difficile à maintenir à mesure que les familles s'agrandissent. La présence de plusieurs héritiers, d'actifs à l'étranger et de conseillers externes rend indispensable la mise en place d'une structure. Les conseils de famille, les comités d'investissement, les cycles de reporting et les cadres de succession deviennent alors indispensables.

Les multi-family offices peuvent contribuer à professionnaliser ce processus. Leur intérêt ne réside pas seulement dans l'accès à des opportunités d'investissement, mais aussi dans le fait qu'ils permettent de mieux gérer le patrimoine familial.

La technologie fait monter les attentes

La technologie modifie également les attentes des clients. Les familles souhaitent disposer de rapports consolidés couvrant l'ensemble des banques, des dépositaires, des classes d'actifs et des juridictions. Elles souhaitent avoir une bonne visibilité sur la liquidité, la performance, les risques et les frais. Elles souhaitent également bénéficier d'un stockage sécurisé des documents, d'une meilleure communication et de données plus claires.

Cela revêt une importance particulière sur les marchés émergents, où le patrimoine peut être très dispersé. Les actifs peuvent être répartis entre plusieurs pays, banques et structures de détention. Sans un reporting adéquat, les familles risquent de ne pas avoir une vision claire de l'ensemble de leur exposition.

Les outils numériques peuvent améliorer la transparence et le contrôle. Ils peuvent également permettre aux multi-family offices de mieux s'adapter à la croissance. Les prestataires les plus performants associeront le conseil humain à une technologie fiable, plutôt que de considérer le reporting comme une simple fonction administrative.

Philanthropie et raison d'être

De nombreuses familles fortunées des marchés émergents s'engagent également de manière plus réfléchie dans la philanthropie et la création d'impact. Cette évolution s'explique en partie par les questions de succession. Les jeunes générations souhaitent souvent que leur patrimoine reflète leurs valeurs, et non pas seulement qu'il préserve le capital.

Les multi-family offices répondent à cette demande en proposant un accompagnement dans les domaines de la philanthropie, de la création de fondations, de l'éducation, de la santé, des investissements liés au climat et des projets communautaires. Dans certains cas, cela est étroitement lié à l'héritage familial. Dans d'autres, cela s'inscrit dans une évolution plus large vers une allocation de capitaux durable et axée sur l'impact.

Le défi consiste à faire preuve de rigueur. La philanthropie, l'investissement à impact social et l'intégration des critères ESG ne sont pas synonymes. Un multi-family office digne de confiance doit aider les familles à faire la distinction entre les dons caritatifs, l'impact mesurable et les investissements financiers présentant des caractéristiques de durabilité.

Le test réglementaire

La réglementation constituera l'un des principaux freins à la croissance du secteur. Les multi-family offices opèrent dans des cadres réglementaires couvrant la fiscalité, les investissements, les fiducies, le reporting et la lutte contre le blanchiment d'argent. Dans les structures transfrontalières, la complexité augmente rapidement.

Cela crée un fossé concurrentiel. Les prestataires professionnels dotés de solides systèmes de conformité, d'un reporting transparent et d'une gouvernance claire seront mieux placés pour gagner la confiance du public. Les opérateurs plus petits ou moins rigoureux pourraient rencontrer des difficultés à mesure que la surveillance s'intensifie.

Pour les clients, c'est un enjeu important. Une structure de gouvernance défaillante peut entraîner des risques fiscaux, de réputation et de succession. L'intérêt d'un multi-family office réside en partie dans la réduction de ces risques grâce à une supervision professionnelle.

Ce que les familles doivent rechercher

Les familles qui envisagent de faire appel à un multi-family office devraient privilégier le fond plutôt que l'image de marque.

La première question porte sur l'indépendance. Ce cabinet joue-t-il véritablement un rôle de conseil ou se contente-t-il principalement de distribuer des produits ? La deuxième concerne la qualité des rapports. Est-il en mesure de fournir une vue d'ensemble consolidée couvrant l'ensemble des actifs et des banques ? La troisième porte sur la gouvernance. Peut-il apporter son aide en matière de succession, de prise de décision familiale et de prévention des conflits ?

Les familles devraient également se pencher sur l'accès aux placements, la transparence des frais, les technologies, la cybersécurité et la qualité des réseaux de conseillers externes. Sur les marchés émergents, l'expertise transfrontalière revêt une importance particulière.

Un bon multi-family office doit simplifier les choses. Il ne doit pas créer une couche supplémentaire d'opacité entre la famille et son patrimoine.

De la gestion de patrimoine à l'architecture patrimoniale

L'essor des multi-family offices sur les marchés émergents témoigne d'une réorientation plus générale de la fortune mondiale. À mesure que les capitaux privés s'internationalisent, se diversifient et s'étendent sur plusieurs générations, les familles ont besoin de bien plus que de simples produits d'investissement. Elles ont besoin d'une véritable architecture patrimoniale.

Cette structure englobe la gouvernance, le reporting, la planification de la succession, la gestion des risques, la philanthropie et l'accès à des opportunités à l'échelle mondiale. Les multi-family offices connaissent un essor croissant car ils se situent à la croisée de ces différents besoins.

La prochaine étape sera plus sélective. La demande continuera d'augmenter, mais les attentes aussi. Les familles exigeront des technologies plus performantes, des rapports plus clairs, une meilleure gouvernance et une indépendance plus crédible.

Pour les multi-family offices, les perspectives sont vastes. Mais seuls ceux qui parviendront à démontrer qu’ils sont bien plus que de simples banques privées rebaptisées sortiront gagnants. Ils devront prouver qu’ils sont capables de préserver le patrimoine, de gérer la complexité et d’aider les familles à prendre de meilleures décisions d’une génération à l’autre.